AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 UN article interessant...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
aziliz
Victime
avatar

Nombre de messages : 18
Localisation : Aux archives...
Date d'inscription : 07/09/2006

MessageSujet: UN article interessant...   Mar 12 Sep - 12:34

En lisant le livre de Martin Winckler, "Les miroirs obscurs", je suis tombée en arrêt devant une analyse de la série Cold Case. L'ayant trouvée particulièrement intéressante et complète, je vous la soumet. Je sais que c'est un peu long mais ça vaut le coup. D'ailleurs le livre entier vaut le coup pour qui aime le monde des séries (notamment une critique -constructive mais hilarante- anti CSI Miami. Evidement les fans du rouquin apprécieront moins Embarassed ...)

Prisonnier du passé : Cold Case


Septembre 2003. Lilly Rush, détective à la criminelle de Philadelphie, enquête sur un triple homicide lorsqu’elle est sollicité par une femme, condamnée par un cancer, et qui lui déclare avoir assisté à un meurtre…en 1976. Troublée par l’insistance de la mourante, Rush abandonne l’enquête en cours et se lance dans la réexploration du Cold Case […].
Après l’avoir résolu elle se spécialise, sans l’avoir voulu mais sans doute pas par hasard, dans les affaires du même type.

En quatre ans, cinq séries produites (Les trois Experts, WAT et Cold Case) par Jerry Bruckheimer ont contribuée à faire de CBS la chaîne la plus regardée d’Amérique […].
De ces cinq séries, Cold Case est à mon humble avis la plus belle et la plus émouvante ; car si les enquêteurs de WAT (Fbi portés disparus) se saisissent d’une affaire avant de savoir de quoi il retourne, ceux de CC ont la difficile mission de se pencher sur des dossiers recouverts de poussières, parfois de plusieurs décennies. Autant dire qu’il n’est pas question (sinon très rarement) de recourir à l’ADN et aux techniques de pointe, que nombre de témoins ont disparu et que ceux qui sont encore vivants ont pu perdre la mémoire.
Mais justement, c’est souvent la mémoire ‘un témoin où d’un parent proche qui pousse Lilly a reprendre l’enquête là où elle a été abandonnée. Une mémoire hantée par la figure d’une victime dont on n’a pas retrouvé l’assassin…et dont le souvenir et doublement marqué par le deuil et l’injustice. Car les morts indiquées sont toujours teintées de suspicion…surtout quand elles ont données lieu à une arrestation – et une condamnation injustifiée. C’est le désir de reconnaissance, de réparation symbolique qui incite un homme ou une femme à faire appel à Lilly. Ce n’est jamais explicitement dit pendant les trente premiers épisodes mais il apparaît bientôt que Lilly est elle-même en quête d’une réparation du même ordre, et que le hasard n’est pas le seul à l’avoir poussée à se pencher sur des victimes en souffrance.

Tout en atypique dans CC, à commencer par le fait qu’elle se déroulent à Philadelphie, une des villes les plus anciennes et les plus riches d’histoire en Amérique du Nord, et que son personnage principal soit une femme. Ces deux caractéristiques, on le verra, sont en parfait accord avec la tonalité de la série.
Supervisée par Jonh Stillman, policier chevronné incarné par John Finn, plus habitué aux rôles de vieille ganache perverse mais excellent et parfaitement crédible ici dans le rôle de figure paternelle, la blonde Lilly Rush (Kathryn Morris) est secondée par trois collègues aussi différents que hauts en couleur : Scotty Valens (Danny Pino), jeune inspecteur réservé mais solide ; Nick Vera (Jeremy Ratchford), investigateur au cou de taureau et à la voix rauque et Will Jeffries (Thom Barry), géant noir d’une cinquantaine d’années qui a grandi dans les quartiers les plus sombres de Philadelphie. S’il arrive aux trois hommes de ne pas être ‘accord entre eux, voire de s’affronter, ils semblent toujours accepter volontiers d’accompagner la jeune femme sur la piste froide des affaires enterrées. Avec Stillman, Jeffries semble le plus touché par les histoires anciennes – ils étaient déjà policiers lorsque les enquêtes se sont déroulées, en ont entendu parler. Parfois ils s’y sont aux même cassé les dents et y pensent encore. Vera et Valens, de leur côté, traitent souvent les témoins et suspects comme si ils venaient d’assister ou de commettre le crime ancien. Au milieu Lilly Rush fait à elle seule figure d’enquêtrice au double visage. Si c’est souvent l’émotion d’un témoin ou d’un parent surgi du passé qui la pousse à enquêter, elle peut faire preuve de grandes qualités d’intuition et d’émotion et puis, brusquement, d’une brutalité absolument glaçante. Et contrairement à ce que suggère son nom, Rush ne se presse jamais. Elle semble savoir qu’au fond, le temps ne joue pas forcément en sa défaveur. Au fil des années, les preuves disparaissent mais les sentiments de culpabilité, eux, ne font que grandir. Et s’il s’agit pas de celle de coupables, celle témoins restés silencieux peut à elle seule permettre d’élucider un crime tu depuis longtemps.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
aziliz
Victime
avatar

Nombre de messages : 18
Localisation : Aux archives...
Date d'inscription : 07/09/2006

MessageSujet: Re: UN article interessant...   Mar 12 Sep - 12:35

Si j’ai décrit la psychologie des cinq personnages principaux, c’est qu’elle partie intégrante de la dynamique narrative au cœur d’enquêtes toutes conduites à partir d’entretiens. Le traitement visuel de la série est, à cet égard, tout à fait remarquable. Les séquences pré génériques sont toujours divisées en deux parties. La première donne la date du crime et en montre les protagonistes, au cours de scène d’exposition très courtes, et bien sûr elliptiques. A l’issue de cette première séquence, la caméra montre un corps sans vie. La seconde séquence du prégénérique nous transporte aujourd’hui : un objet trouvé (une valise contenant des objets personnels) – une découverte macabre (les cadavres de deux jeunes gens retrouvés sous les décombres d’un immeuble récemment abattu, les ossements d’un prisonnier dans un tunnel d’évasion) ou un témoin du passé […], croisent le chemin de Lilly Rush.
Dans les scènes suivantes, Rush et ses collègues refont le même trajet que la victime, visitent les lieux où elle a été retrouvée, où elle a vécu et, surtout, rencontrent ceux qui l’ont vue le jour de son assassinat. Le procédé utilisé à cette occasion est saisissant ; quand le témoin du passé apparaît il nous est présenté d’abord sous ses traits présents et – en flash bref mais parfaitement distinct – sous ceux qu’il avait à l’époque. Lorsque les faits remontent à quelques années, le maquillage, la coiffure, les vêtements et le traitement des couleurs suffisent pour rajeunir l’acteur. Quand le crime est très ancien, la mise en scène fait appel à deux interprètes distincts mais dont la ressemblance est saisissante. Ce procédé de superposition des deux âges d’un même perso est régulièrement repris, au cours de l’intrigue, pour illustrer les moments où un témoin exprime aujourd’hui les émotions qu’il éprouvait des années plus tôt. Le même procédé est systématiquement repris à la fin de l’épisode, lorsque le coupable est arrêté où l’intrigue résolue (il arrive qu’il n’y ait pas de coupable…). Les personnages du drame, tels qui nous ont été présentés dans la séquence prégénérique, apparaissent de manière fantomatique à Lilly où à celui de ses collègues qui s’est le plus investi dans l’enquête, pour signifier que l’affaire est enfin devenue un closed case.

Cette mise en scène aux effets extrêmement puissants n’aurait pas grand intérêt si elle venait servir des scénarios qui transfigurent le cadre habituel de l’enquête criminelle. Car Cold Case ne se contente pas de regarder dans le passé des individus : elle revisite aussi le passé méconnu ou trop vite oublié de l’Amérique. Lorsque les premiers épisodes d’une nouvelle série sont mis à l’antenne personne ne sait si ils capteront un public suffisant pour que la chaîne commande une saison entière. Les six premiers épisodes de Cold case, probablement tournés avec un budget limité, abordent essentiellement des intrigues à caractère intimiste.

Mais à partir du septième épisode, « A Time to Hate » (le Temps de la haine), la série change de registre. Dans la sombre ruelle arrière d’un dancing clandestin fréquenté par les homosexuels de Philadelphie au cours des années 50, un jeune joueur de base-ball a été assassiné par des gay-bashers –des casseurs d’homo. A l’époque, le caractère tabou de l’homosexualité avait interdit qu’on donne suite à l’enquête. Quarante ans plus tard, la mère du jeune homme demande à Rush de rechercher les assassins.
A dater de ce très bel épisode, Cold Case prendra une toute autre dimension et ne cessera de situer ses tragiques histoires humaines dans l’histoire de l’Amérique d’hier et d’avant-hier, sous tout ses aspects : la découverte dans un carton, en 1958, d’un enfant que personne ne réclame ; celle d’un cadavre enseveli sous un dancing incendié dans les années 80 ou celle de deux jeunes gens noyés dans le béton d’un immeuble depuis les années 60 sont autant d’occasions pour les scénaristes d’aborder des pages d’histoire inconnues ou oubliées : les expérimentations sauvages faites sur des orphelins pendant la guerre froide, la vague du disco et les conflits de générations dont elle fut la cause, ou le travail souterrain des militants de l’avortement clandestin.
Deux épisodes particulièrement frappants (« The Letter 1*13 » ; « Factory Girl, 2*02 ») se déroulent au cours des années quarante. Le premier parle de la condition des femmes noires méprisées et maltraitées par des hommes blancs. Le second de l’accès des femmes à l’indépendance financière, lorsque le départ des hommes au front incite leurs compagnes à participer à l’effort de guerre en travaillant dans les usines d’armement. Les épisodes les plus beaux de la première saison sont d’ailleurs presque tous centrés sur des femmes : la défenestration d’une jeune mère toxico et de la petite fille dont on menaçait de la séparer (« Fly Away ») ; la démence d’une femme à la suite de la mort, dans un lieu sordide, de son époux, organiste à la chapelle. (« Churchoing people ») ; la mort d’un artiste de disco que sa compagne et partenaire, défigurée par l’incendie, continue de pleurer (« Disco Inferno ») ; sans oublier « Boy in the box » et « Volunteers », magnifique et bouleversant épisode consacré aux militants de l’avortement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
aziliz
Victime
avatar

Nombre de messages : 18
Localisation : Aux archives...
Date d'inscription : 07/09/2006

MessageSujet: Re: UN article interessant...   Mar 12 Sep - 12:37

Il y a enfin quelque chose de profondément littéraire dans Cold case, dont de nombreuses séquences voient les enquêteurs fouiller des dossiers poussiéreux au milieu de dizaines de mètres de rayonnages alignés à perte de vue, déchiffrer les lettres défraîchies, examiner des photos jaunies, consulter des documents historiques. Par ses dialogues jouant sans arrêt avec les différences de vocabulaire d’une époque à l’autre, par son ancrage permanent dans le passé personnel et collectif, elle fait beaucoup penser à Homicide, série très littéraire elle aussi et marquée par de nombreuses réminiscences culturelles et historiques : Baltimore, où Homicide fut tournée, fut la ville d’Allan Poe et l’une des étapes de l’underground railroad, réseau clandestin qui, avant la guerre de Sécession, permettait aux esclaves noirs du Sud de rejoindre le Nord et le canada. La bande son d’Homicide, l’une des plus riche qu’ils soient, fait appel à tous les genres populaires d’Amérique. Celle de Cold Case recourt, très logiquement, et avec un goût très juste, à de nombreuses chansons contemporaines du crime – ce qui explique sans doute que la première saison de cette série, l’une des plus populaires d’Amérique ne soit pas encore annoncée en DVD zone 1 : la négociation des droits musicaux est un vrai casse-tête pour les éditeurs…

J’aimerai pour conclure insister sur ce que j’appellerai le féminisme positif de Cold Case. Créée et dirigée par la scénariste Mérédith Stiehm, centrée – c’est très inhabituel- sur un personnage principal féminin, cette série d’une très grande beauté plastique, d’une justesse psychologique remarquable et d’une profonde sensibilité est souvent un beau regard sur les femmes qui cherchent à prendre leur vie en main mais aussi sur les hommes qui les aiment et les respectent. Intelligente et intuitive, l’énergique Lilly Rush n’a pas peur des hommes et ne les hait pas non plus. Elles les considèrent comme ses égaux, et les plus intelligents d’entre eux la traitent de la même manière. De même, la sensibilité et l’intelligence de Cold Case ne doivent pas être prise pour de la sensiblerie : à la fin de chaque épisode, au cours des scènes où la mort de la victime est relaté, la série n’hésite pas à dire combien tuer est monstrueux, quelle qu’en soit la raison. Ce qui nous est montré, sans aucune complaisance, sans aucun effet « esthétisant », c’est l’absurdité totale de la mort infligée, la souffrance, le chagrin et la perte qui en découlent inévitablement. Dans cette perspective, l’élucidation du crime apparaît moins comme la nécessité sociale de mettre les criminels en prison que comme la condition à une réhabilitation symbolique des victimes et leurs proches.
Ainsi, lorsque après avoir emmené l’assassin, Lilly échange un regard avec la silhouette fantomatique des victimes, le spectateur éprouve un sentiment indéfinissable et rare. Celui que l’on ressent, peut être, lorsqu’on sait qu’un deuil s’achève, et que l’on peut se remettre à vivre. »
Par Martin Winckler


Tiré du livre : HISTOIRE DES SERIES AMERICAINES - 2E VOLUME
Les Miroirs Obscurs
AU DIABLE VAUVERT, AVRIL 2005
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elise
Serial killeur
avatar

Nombre de messages : 67
Date d'inscription : 07/09/2006

MessageSujet: Re: UN article interessant...   Mar 12 Sep - 13:30

merci pour cet analyse elle est très bien faite je trouve, bien que quand ils parlent des persos je ne pense pas que Scotty soit particulierement réservé mais c'est pas grave!

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
maryam
Serial killeur
avatar

Nombre de messages : 78
Age : 29
Date d'inscription : 07/09/2006

MessageSujet: Re: UN article interessant...   Mar 12 Sep - 14:31

excellent cet article, tout ce qui y est dit est je trouve très juste! il résume parfaitement l'esprit de la série...

C'est vrai que Scotty ne parle pas beaucoup de lui, mais dans ces cas là, Lilly est tout aussi réservée que lui...lol
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
marli
Inspectrice en chef
avatar

Nombre de messages : 264
Date d'inscription : 06/09/2006

MessageSujet: Re: UN article interessant...   Mar 12 Sep - 15:06

Excellent article plein de bon sens, merci infinimlent à Aziliz pour son travail de retranscription !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://cold-cases.frbb.net
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: UN article interessant...   

Revenir en haut Aller en bas
 
UN article interessant...
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» article interessant en Italien à propos du café polyglotte du lac de garde
» Article Montres Russes dans Magazine Aviation
» Image et droit :Copie d'un article sur Internet
» [Article] Les projets d'hôtels de Disneyland Paris en 92
» L'article dans le Journal de Saône et Loire.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Cold case : Affaires non classées :: La salle d'interrogatoire :: Divers-
Sauter vers: